Transition energetique

Transition énergétique : pourquoi l’hydrogène est-il aujourd’hui controversé ?

Depuis quelques années, l’hydrogène naturel est présenté comme l’énergie du futur. Mais de plus en plus de voix s’élèvent pour alerter sur le risque d’une surenchère. Ce gaz ne serait pas aussi écologique qu’on veut le faire croire. Est-ce vraiment le cas ?

Ignoré pendant plusieurs décennies, l’hydrogène fait aujourd’hui l’objet de toutes les convoitises. Les industriels s’engagent tous dans la production de ce gaz et les gouvernements dégainent les plans. Ces derniers visent à verdir la filière. En effet, 95% de l’hydrogène est toujours gris, c’est-à-dire produit à partir d’énergies fossiles polluantes telles que les hydrocarbures, le charbon et le gaz naturel. Cette production était responsable de l’émission de 830 millions de tonnes de CO2 en 2019, soit 2% des émissions totales. Pour réduire cette pollution, les acteurs de l’énergie ont jeté leur dévolu sur l’hydrogène bleu qui permet la capture et le stockage du CO2. Malheureusement, cela ne suffit pas à régler les problèmes de pollution. Il fallait donc trouver autre chose.

Un gaspillage en eau et en énergie

L’industrie de l’énergie a alors inventé l’hydrogène vert, produit à partir d’énergie renouvelable. Il représente à ce jour l’un des espoirs de l’objectif zéro-carbone d’ici 2050. C’est cette forme d’hydrogène que les gouvernements souhaitent propulser. C’est pourquoi, ils ont concocté des plans à plusieurs milliards d’euros. L’Allemagne et la France notamment ont promis respectivement 9 et 7 milliards d’euros pour booster la production de l’hydrogène vert d’ici 2030. Cette ressource présenterait de nombreux avantages pour la mobilité notamment. Cependant, la production de l’hydrogène vert demande beaucoup d’électricité, sans oublier les énormes quantités d’eau utilisées à la fois pour l’électrolyse et pour le refroidissement des équipements. En outre, le prix pose encore un problème. L’hydrogène revient plus cher que les énergies conventionnelles.

La promesse d’un hydrogène moins cher

Pour diminuer les coûts, 30 industriels de l’énergie ont créé la semaine dernière le collectif HyDeal Ambition. Ils promettent un hydrogène vert à 1,5 €/kg, au lieu des 10 €/kg appliqués aujourd’hui. Pour cela, le collectif s’engage à produire 3,6 millions de tonnes par an dès 2022, en exploitant un parc solaire de 95 GW au large de la péninsule ibérique. D’autres industriels, visiblement très audacieux, ont fait le pari de l’hydrogène naturel. Parent « pauvre » de l’hydrogène, cette ressource est pourtant la plus vertueuse. En effet, elle est abondante, renouvelable, n’émet aucun CO2 (rien que de l’eau) et ne coûte pas cher. Hydroma, l’une des sociétés pionnières de l’hydrogène naturel, opère depuis 2012 au Mali. Elle transforme ce gaz en électricité verte pour le village de Bourakébougou. Après huit ans de test réussi, elle a récemment lancé la production à grande échelle. À terme, Hydroma compte exporter son gaz dans toute l’Afrique et en Europe.

Un pipeline du Mali aux portes de l’Europe

« Dans notre projet, nous avons programmé de faire un pipeline pour transporter l’hydrogène naturel du Mali au Sénégal, à la Mauritanie, au Maroc, jusqu’à la porte de l’Europe. Donc ça fait 4700 kilomètres. Ce n’est pas un rêve, c’est une réalisation tout à fait faisable. L’Europe même est en train de construire 23.000 kilomètres de pipeline pour le transport de l’hydrogène », a annoncé le PDG de la société malienne Aliou Diallo, dans une interview à Africable Télévision, en octobre 2020. Il a calculé que les acteurs européens vont transporter un kilo d’hydrogène sur 2.500 kilomètres, soit environ 0,20 cent le kilo, alors que Hydroma, avec moins de 5.000 kilomètres de pipeline, va pouvoir transporter de l’hydrogène à moins de 0,50 cent le kilo. « Ce qui peut nous permettra d’envoyer notre hydrogène sur le marché européen, tout en restant compétitif par rapport à l’hydrogène gris sur le marché européen aujourd’hui », a précisé le promoteur malien.